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Ce temps se referme. Un même scénario se rejoue, éditeur après éditeur : un fonds rachète, verrouille, puis transforme la propriété en abonnement. La facture, elle, grimpe de 200, 500, parfois 1 000 %.
La question écrite déposée fin juin 2026 par le député Philippe Latombe sur le rachat de l’éditeur français PC SOFT n’est pas un fait divers technologique. C’est le symptôme français d’une lame de fond mondiale, et le prélude à une vague de contentieux que les directions juridiques feraient bien d’anticiper.
La mécanique, trois fois la même
Le cas le plus spectaculaire porte un nom : Broadcom. Après avoir racheté VMware pour 61 milliards de dollars fin 2023, le groupe a supprimé purement et simplement les licences perpétuelles pour basculer tous les clients vers un modèle d’abonnement. Les hausses constatées donnent le vertige : des augmentations de 800 %, 1 000 %, voire 1 500 %, documentées et généralisées, sont devenues l’histoire marquante de l’informatique d’entreprise en 2024 et 2025. Broadcom a aussi relevé le volume minimum de licences à régler, obligeant une petite structure à payer pour une capacité très supérieure à son usage réel.
Oracle a suivi un chemin parallèle sur Java. Depuis janvier 2023, la tarification repose sur un abonnement unique calculé non plus sur les serveurs ou les utilisateurs, mais sur le nombre total de salariés de l’entreprise. La définition « salarié » englobe employés à temps plein, à temps partiel, intérimaires et sous-traitants, ce qui débouche sur des propositions à plus de 1 000 % de hausse, Oracle appliquant en outre le nouveau modèle aux usages passés. Le rejet est massif, et particulièrement européen : près de 90 % des clients Java veulent quitter Oracle, la défiance culminant en France où 92 % des utilisateurs souhaitent migrer.
Trois éditeurs différents, le même scénario en trois temps : on choisit un produit dont le client ne peut pas sortir, on le rachète, puis on le rend payant chaque année.
Pourquoi ça marche : la captivité
Le ressort commun, c’est la dépendance. Migrer suppose de réécrire, reformer, retester, parfois pendant des années. Dans le cas de PC SOFT, le verrou est maximal : le WLangage, langage propriétaire au cœur de WinDev, n’existe nulle part ailleurs. Mais le principe vaut partout. Les spécialistes parlent de sticky product, le « produit qui colle » : celui dont on ne peut pas se détacher parce que les données, les processus et les compétences des équipes y sont soudés. En quitter un suppose de tout réécrire et reformer, à un coût et un délai si élevés que le client préfère subir la hausse plutôt que partir.
C’est ce qui transforme une simple hausse de prix en rapport de force déséquilibré. L’éditeur sait que le client ne peut pas claquer la porte. Il le sait, et il en joue.
Ce qui vient : la vague contentieuse
L’addition économique est désormais chiffrée. Pour les seules pratiques Broadcom, le Cigref estime à 15 milliards d’euros la ponction sur l’économie européenne en deux ans. Face à cela, les digues juridiques commencent à céder, et c’est là que l’affaire devient un sujet d’avocat.
Le premier front est contractuel. Aux États-Unis, AT&T a assigné Broadcom, l’accusant de menacer de couper le support d’un logiciel acquis sous licence perpétuelle sauf paiement de centaines de millions pour des abonnements non désirés ; l’affaire s’est soldée par un accord transactionnel en novembre 2024. En France, Thales a obtenu en référé, le 19 juillet, un premier coup d’arrêt à la stratégie de dénonciation unilatérale des contrats existants.
Le second front est concurrentiel. Le Cigref et plusieurs associations européennes d’utilisateurs ont saisi les autorités de la concurrence sur le caractère abusif des contrats VMware. L’angle d’attaque est désigné : l’abus de position dominante des éditeurs de technologies clés. C’est un travail de longue haleine, et les stratégies se diversifient, certains conseils choisissant de contester le caractère abusif des nouveaux contrats après leur signature.
La leçon est claire. Le verrouillage technique se traduit aujourd’hui en droit, sur deux terrains complémentaires : le respect des engagements contractuels antérieurs d’un côté, le droit de la concurrence de l’autre.

Ce que cela change pour vous
Si vous utilisez un logiciel métier critique, vous n’êtes pas spectateur de cette histoire : vous en êtes un personnage potentiel. La question n’est plus de savoir si votre éditeur basculera vers l’abonnement, mais quand, et à quel prix. L’anticipation se joue maintenant, pendant que vos contrats perpétuels existent encore et que votre marge de manœuvre reste entière.
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