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Mettez-vous en valeur. Les femmes ont tendance à diminuer l'importance de leurs succès. Reconnaissez la valeur que vous apportez et ne laissez pas le syndrome de l'imposteur prendre le dessus.
Kelly Bourassa, associée du groupe Restructuration et insolvabilité
Le groupe Restructuration et insolvabilité de Blakes offre une édition spéciale du balado Volume d'affaires de Blakes présentant les réflexions de trois cheffes de file du secteur de la restructuration : l'experte-conseil senior Pamela L. J. Huff et les associées Milly Chow et Kelly Bourassa. Animée par l'avocate Jenna Willis, la discussion explore les moments charnières de leurs carrières, les défis qui se présentent aux femmes dans ce domaine et des conseils pratiques pour la prochaine génération de professionnelles. Les intervenantes soulignent la manière dont la collaboration, le mentorat et l'adaptabilité ont façonné leurs carrières et contribué à la réputation d'excellence en restructuration du cabinet.
Table des matières
- L'évolution de la restructuration et de l'insolvabilité (01:14)
- S'engager sur la voie du leadership (4:56)
- Moments charnières et dossiers marquants de la carrière (9:12)
- Défis et obstacles pour les femmes dans l'industrie (17:45)
- Ce que Blakes réussit à faire (22:39)
- La force de grandir ensemble (25:47)
- Conseils pour la prochaine génération (31:03)
Retranscription
[musique]
Jenna Willis : Bienvenue à cet épisode du balado Volume d'affaires de Blakes. Je m'appelle Jenna Willis et je serai votre animatrice aujourd'hui. Je suis avocate au sein de l'équipe Restructuration et insolvabilité de Blakes. Mes invitées pour cet épisode sont trois femmes que je suis fière d'appeler mes collègues. Elles sont des pionnières dans le secteur de la restructuration, je vous les présente : Pam Huff, Milly Chow et Kelly Bourassa, associées chez Blakes. Elles cumulent ensemble plus de 90 ans d'expérience. Elles occupent plusieurs rôles de leadership chez Blakes et dans l'ensemble du secteur. De plus, leur travail leur a valu de nombreux prix et une place à la tête des classements. Elles sont toutes également mères de famille et doivent concilier une carrière exigeante et une vie en dehors du bureau. Pam, Milly et Kelly ont toutes trois joué un rôle clé pour faire de Blakes un cabinet de premier plan dans le secteur de la restructuration. Dans cet épisode, elles partageront leur vécu, leurs points de vue et certaines leçons qu'elles ont apprises. Elles offriront aussi des conseils aux personnes qui font carrière dans ce domaine du droit complexe et en constante évolution.
[musique]
Pam, commençons par toi. Tu exerces ta profession depuis plus de 35 ans et tu as occupé un éventail extraordinaire de fonctions de direction. Pour ne citer que quelques postes, tu as été présidente de l'Institut d'insolvabilité du Canada [l'« IIC »] et sa première femme présidente. Tu as en outre assuré la présidence de la section sur l'insolvabilité de l'Association du Barreau de l'Ontario. Tu as été reconnue par la Turnaround Management Association [la « TMA »] comme une pionnière pour les femmes dans le domaine de la restructuration. Tu es la première Canadienne intronisée au Women of Restructuring Hall of Fame par l'International Women's Insolvency and Restructuring Confederation (IWIRC), et encore la seule à ce jour. Tu as également siégé au Comité de direction de Blakes et, pendant plus d'une décennie, tu as été la cheffe de notre groupe de pratique national Restructuration et insolvabilité. Forte de cette expérience, pourrais-tu nous livrer quelques réflexions sur l'évolution du monde de la restructuration au cours de ta carrière?
Pamela L. J. Huff : Oh, merci pour cette présentation et pour avoir révélé que j'ai contribué 35 belles années à ces 90 années collectives. J'ai commencé à travailler dans le domaine de la restructuration à la fin des années 80 ou au début des années 90. C'était vraiment la naissance de la pratique spécialisée en restructuration et insolvabilité, qui s'est développée à la fois chez Blakes et dans d'autres cabinets d'avocats au Canada. Depuis les quelques dernières années, nous accordons beaucoup d'attention aux taux d'intérêt en raison de la situation économique actuelle, mais j'aimerais vous rappeler qu'à la fin des années 80 et au début des années 90, les taux d'intérêt ont augmenté et la Banque du Canada a haussé son taux d'intérêt directeur d'une moyenne annuelle de 8,4 % en 1987 à un énorme 13 % en 1990. Tout comme aujourd'hui, la hausse des taux d'intérêt était destinée à lutter contre l'inflation, qui était particulièrement aiguë sur le marché de l'habitation. Et cela a donné beaucoup de travail aux professionnels de la restructuration. C'est ainsi que la pratique spécialisée de la restructuration, telle que nous la connaissons aujourd'hui, a vu le jour au cours de la récession du début des années 90. Les 35 dernières années ont été marquées par une croissance considérable de la pratique et Blakes a été à l'avant-garde de cette évolution, à la fois en tant que leader d'opinion et en tant que praticien, mais les règles du jeu ont beaucoup changé pendant cette période.
Jenna : Pam, selon toi, comment ce changement a-t-il été ressenti spécifiquement par les femmes dans ce domaine?
Pamela : Nous étions quelques femmes à commencer à travailler dans ce domaine de pratique dans les années 90. L'évolution la plus significative est le nombre de femmes que j'ai vues depuis cette époque adopter cette pratique qui, je pense que nous en parlerons au cours de ce balado, comporte des défis au travail et à la maison. Comme le comprennent fort bien les personnes qui travaillent dans ce domaine de pratique, à l'occasion c'est un peu chaotique comme un exercice d'incendie. On ne sait pas toujours ce qui occupera notre temps chaque jour, chaque semaine ou chaque mois. J'ai constaté une augmentation considérable du nombre de femmes qui choisissent cette pratique, ce qui est très gratifiant, y compris les associées qui parleront avec nous aujourd'hui. Milly et Kelly font donc partie de ce mouvement de féminisation de ce domaine de pratique qui se poursuit, en particulier du côté des avocats, un peu moins du côté des conseillers financiers. Mais il est certain que du côté des avocats, il y a eu une énorme croissance du nombre de femmes qui adoptent cette voie de carrière.
Jenna : Merci, Pam. Donc, Milly, comme l'a dit Pam, tu es une autre femme qui a pleinement adopté la voie du droit de la restructuration. Tu comptes plus de 30 ans d'expérience, y compris dans des rôles de leadership importants à l'échelle locale, notamment en tant que présidente de la section de Toronto de la TMA, ainsi que sur la scène internationale, en tant que présidente mondiale de la TMA, où tu as été la première femme canadienne à occuper ce poste. Tu as également été intronisée au Turnaround Restructuring and Distressed Investing Industry Hall of Fame, soit le Temple de la renommée de l'industrie du redressement, de la restructuration et de l'investissement en difficulté de la TMA. Peux-tu nous dire, Milly, ce qui t'a poussée à occuper tous ces postes? Et de quelle façon le temps et l'énergie que tu as dû investir dans ces rôles ont-ils contribué à façonner ta carrière?
Milly Chow : À l'époque où j'ai commencé ce que j'appelle mon parcours TMA, j'avais trois enfants de moins de 10 ans et une pratique très occupée. Je n'avais tout simplement aucun temps libre. La décision de saisir les occasions de leadership à la TMA qui s'offraient à moi, d'abord à l'échelle locale et par la suite à l'échelle internationale, était une stratégie très réfléchie, car j'ai reconnu qu'après avoir passé des années à travailler d'arrache-pied tout en élevant des enfants, ce qui me manquait, c'était un profil établi dans le secteur et le fait d'être perçue comme une leader par mes pairs. Je voulais changer cette perception, celle selon laquelle je n'étais qu'une bonne avocate intelligente. J'ai donc cherché davantage d'occasions de leadership, non seulement dans les mandats, mais aussi dans le secteur de la restructuration en général. Cela n'a pas été facile. Mes garçons étaient plus âgés, mais Ben, mon plus jeune, n'avait que deux ans lorsque j'ai commencé à faire du bénévolat et, comme tous les parents le savent, ce n'est pas parce que les enfants grandissent que ça devient plus facile ou que ça prend moins de temps. Le travail sur les mandats et les demandes des clients ne diminuent pas juste parce que j'ai décidé d'accepter des occasions de leadership bénévole. L'investissement ou le sacrifice en valait-il la peine? Absolument, je n'en doute pas du tout. Faire partie de la direction de la section de Toronto de la TMA m'a beaucoup aidée à me faire connaître dans le milieu de la restructuration à Toronto. Le passage à la direction de la TMA à l'échelle internationale a eu un impact encore plus important, puisqu'il s'agissait de diriger une association dotée d'une plateforme mondiale. À l'époque, elle comptait 9 000 membres et 52 ou 53 sections dans le monde. Vous savez, ce n'était pas seulement une responsabilité importante à mes yeux, c'était aussi une occasion incroyable et ce poste a eu un impact significatif sur ma carrière. J'encourage donc vivement les jeunes professionnels à chercher activement des occasions de leadership au sein d'associations bénévoles. Cela les exposera à un réseau de professionnels plus vaste que celui qu'ils rencontrent normalement dans le cadre de leur travail sur des mandats, cela les aidera à établir leur profil dans le secteur et à affiner leurs compétences en matière de leadership, et cela constituera une expérience incroyablement gratifiante pour eux, tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel.
Pamela : Jenna, si je peux ajouter quelque chose et faire un lien entre les commentaires de Milly et ce que j'ai dit plus tôt, tout cela s'est produit au cours des 30 dernières années. La TMA a vu le jour au début des années 90. Chez Blakes, nous voulions être la meilleure équipe de restructuration du pays. Il y a eu une période de croissance énorme dans le secteur, mais aussi dans la pratique, dans la législation et dans la politique, qui encadrait réellement les outils de restructuration mis à la disposition des entreprises. Cela a vraiment changé la donne. Une partie de ce que Milly faisait à la TMA et de ce que Kelly et moi faisions aussi à la TMA et dans d'autres organisations, c'était d'agit en tant que leaders d'opinion. Nous avons assumé ces rôles de leadership parce que nous voulions participer à l'élaboration de la politique de restructuration au Canada. Nous étions toutes les trois présentes pour cette vague.
Jenna : Parlant d'élaboration de la politique, Kelly, cela nous amène justement à toi. Tu as 25 ans d'expérience. Tu es cocheffe du groupe Restructuration et insolvabilité du cabinet à l'échelle nationale. Tu es l'actuelle présidente de l'IIC, seulement la deuxième femme à occuper ce poste, en tant que successeure de Pam, ainsi que la première personne de l'Ouest canadien à occuper cette fonction. Tu as également été présidente de la section nord-ouest de la TMA. Tu t'es jointe à Blakes en 2007, après avoir travaillé dans d'autres cabinets et dans le domaine des politiques au Sénat du Canada, ce qui représente un cheminement différent de celui de Pam ou de Milly, qui auront passé leur carrière chez Blakes. Y a-t-il un mandat ou une expérience particulière, Kelly, qui a joué un rôle déterminant dans l'orientation de ta carrière?
Kelly Bourassa : Dans mon cas, je pense que c'est quand j'ai eu mon tout premier dossier de débiteur. Toutes les personnes qui font de la restructuration le savent, c'est le genre de mandat qu'on veut. Les dossiers de débiteur sont les plus passionnants, les grands exercices d'incendie. On y travaille en catimini au début bien sûr parce que c'est tellement confidentiel et il ne faut pas que ça sorte. J'ai donc beaucoup travaillé sur les arrangements avec les créanciers à mon premier cabinet. Puis, lorsque j'ai changé de cabinet en déménageant à Calgary après mon mariage, au début des années 2000, je me souviens très bien que c'est là qu'il y a eu un vrai tournant. Je ne pouvais plus faire autre chose. Et pour répondre à ta question sur mon parcours assez sinueux, j'ai déménagé d'un bout à l'autre du pays plusieurs fois, presque toujours pour des raisons personnelles. Puis j'ai repris ma carrière et j'ai recommencé. Lorsque j'étais à Ottawa, j'ai décidé que je ne voulais plus pratiquer d'autres types de droit que la restructuration, mais il n'y avait pas vraiment de pratique de restructuration à Ottawa. C'était évidemment bien avant toutes les options de travail à distance dont nous disposons depuis la COVID. C'est ainsi que je me suis retrouvée au Sénat. Je parlais avec quelqu'un dans un cocktail, à propos du travail que j'avais fait à Calgary sur un gros mandat à l'époque où je ne travaillais pas chez Blakes. Et il m'a dit : « Wow, tu as participé à ça? Nous avons besoin de vous au Sénat pour conseiller l'orientation politique des deux présidents du comité sur les banques du Sénat ». Mais pour ce qui est de façonner la pratique, pour revenir au commentaire de Pam, j'ai eu l'avantage, lorsque j'étais au Sénat, de participer à la révision de la clause d'extinction, qui a été entreprise en 2003, mais les modifications n'ont finalement été présentées qu'en 2009. Ainsi, les versions actuelles de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies et de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité, que nous utilisons dans notre travail, proviennent du travail que nous avons effectué en 2003 et qui a été modifié au fil du temps. Mais, tout comme je n'étais pas intéressée par la pratique d'autres types de droit, je ne voulais pas non plus travailler sur les politiques pour toujours. Ainsi, après avoir eu mes enfants et fait ma maîtrise, j'ai voulu revenir à la pratique privée et j'ai su que je devais retourner dans un cabinet où je pourrais faire ce genre de travail de restructuration passionnant. C'est ainsi que je me suis retrouvée chez Blakes.
Jenna : C'est un parcours très intéressant, Kelly. Pam, y a-t-il un dossier ou une expérience particulière qui, selon toi, a été déterminant pour l'orientation de ta carrière?
Pamela : Je dirais que tout le monde a ce que j'appelle son mandat catalyseur. À un certain moment de votre carrière, il y a un mandat où vous pouvez occuper le devant de la scène, où le dossier est complexe, où il y a généralement des intérêts concurrents difficiles. Ce ne sera pas facile et il vous revient – que ce soit en tant que conseiller du débiteur, du contrôleur ou du prêteur principal – d'entrer en scène, de diriger le processus de manière significative et d'en prendre la tête, et de faire en sorte que la communauté avec laquelle nous travaillons toutes, les autres avocats et les conseillers financiers qui travaillent du secteur, reconnaissent votre talent. Pour moi, c'était la restructuration de la Croix-Rouge. Je représentais les hémophiles. Dans ce dossier, il s'agissait d'une étrange combinaison d'avocats spécialisés dans les préjudices corporels, qui étaient les conseillers juridiques de divers groupes de demandeurs dans le cadre d'une action collective, auxquels s'ajoutait le gouvernement et ce qu'il allait faire. L'affaire s'est soldée par un accord très favorable pour tout le monde, mais elle a également marqué la création de la Société canadienne du sang, qui a été séparée de la Croix-Rouge et est devenue une entité autonome. Mon expertise en tant qu'avocate spécialisée dans les restructurations a donc joué un rôle central dans ce mandat, dans cette négociation; cela m'a permis d'occuper le devant de la scène. Il y a toujours un mandat où l'on se dit que c'est le moment de montrer à quel point je suis bonne et ce que je peux faire. Pour moi, c'était ce mandat. Je l'appelle mon mandat catalyseur, parce qu'il y en a toujours un où on ne joue plus un rôle de soutien. Vous ne faites pas qu'ajouter de la valeur en coulisses. Vous êtes en première ligne et, franchement, vous adorez ça.
Jenna : Milly, quelle est ton histoire sur l'orientation de ta carrière?
Milly : J'aimerais aborder la question sous un angle légèrement différent, puisque ce n'est pas tant un mandat en particulier qui a façonné ma carrière. Je vais remonter jusqu'à ma décision de consacrer ma pratique au droit de la restructuration, parce que je n'en avais absolument pas l'intention. Je ne sais pas à quoi je pensais à l'époque, mais je voulais travailler en droit constitutionnel. Puis, dans le cadre du programme de stage de Blakes, j'ai été affectée à ce qui s'appelait alors le groupe de droits des créanciers. Je n'avais absolument aucune idée de ce que c'était, mais pendant ce stage, j'avais comme mentor un associé qui était plus spécialisé en financement et c'est alors que j'ai réalisé qu'il n'y avait pas de droit constitutionnel dans mon avenir. J'ai suffisamment apprécié cette expérience pour retourner dans ce groupe en tant qu'avocate salariée, où j'ai pratiqué principalement le droit du financement, avec quelques arrangements avec les créanciers ici et là. Pendant ma deuxième année en tant qu'avocate salariée, un jour, en fin d'après-midi, un autre associé du groupe, un avocat spécialisé dans les restructurations, un plaideur en restructuration, est entré dans mon bureau, l'air paniqué, et il m'a dit : « J'ai besoin de ton aide et j'ai besoin que tu viennes avec moi tout de suite. Nous devons aller dans un autre cabinet et nous devons négocier et finaliser une opération aujourd'hui », parce qu'il y avait une date limite imposée par le tribunal. J'étais ravie de cette occasion, mais honnêtement, j'étais un peu paniquée. Je lui ai avoué que je n'avais jamais travaillé sur un contrat d'achat et de vente auparavant, mais, bien sûr, j'étais toujours prête à relever le défi. Étonnamment, cela ne l'a pas perturbé du tout. Nous nous sommes donc rendus dans l'autre cabinet et nous y sommes restés jusqu'aux petites heures du matin pour mettre au point cette opération. Nous étions une dizaine dans la salle de réunion pendant des heures et des heures; nous n'avions pas d'autre choix que d'être là et de faire avancer les choses. Il s'agissait de négociations et de prises de décision en temps réel. Les décisions prises tout au long de la nuit avaient des conséquences réelles. C'était incroyablement épuisant, mais aussi rafraîchissant en même temps, et je pense que tous les avocats spécialisés en restructuration savent de quoi je parle. À partir de ce moment-là, je dirais que j'ai été accrochée et que j'ai su que c'était en restructuration que je voulais travailler.
Pamela : C'est soit rester accrochée, soit s'enfuir. Mais je pense, vous savez, pour nous qui participons à ce balado aujourd'hui, c'est ce que nous aimons dans cette pratique. L'urgence fait partie de l'excitation, de l'importance de ce que nous faisons, du fait que nous travaillons de façon très urgente et immédiate pour résoudre un problème qui peut être très important, à la fois pour les employés, pour les clients et pour l'économie. C'est quelque chose qui nous stimule vraiment et qu'on découvre par hasard, car on ne se rend pas vraiment compte de ce qu'est la pratique de l'insolvabilité tant que l'on n'a pas eu l'occasion de s'y engager pour la première fois. Une fois qu'on commence à travailler sur un mandat, comme dans le cas de Milly, on réalise que c'est ce qu'on veut faire. Ce n'est plus un travail, c'est une vocation.
Jenna : Je pense que c'est exactement ça. Nous semblons tous avoir eu un vécu similaire où nous sommes devenus accros au travail de restructuration. Pour en venir à une question axée sur les femmes, en tant que femmes ayant mené des carrières très fructueuses dans ce secteur, avez-vous été confrontées à des défis ou à des obstacles particuliers en cours de route?
Pamela : Je vais commencer parce que, comme je l'ai dit dans mes premiers commentaires, la pratique a énormément changé en ce qui concerne le nombre de femmes qui y participent aujourd'hui par rapport à l'époque où j'ai commencé. Mais je pense que le défi auquel les femmes sont confrontées au cours de leur carrière en insolvabilité est celui du développement de la clientèle, du développement des affaires. Il s'agit donc de trouver un moyen d'établir des liens avec la clientèle, qui reste majoritairement masculine. Le défi numéro un pour les femmes dans le secteur est d'établir des liens avec cette base de clients de manière significative dans le cadre d'activités de développement des affaires. Lorsque j'ai commencé à pratiquer le droit, une des principales activités avec les clients était le golf; c'est encore le cas aujourd'hui. Je ne jouais pas au golf, mais je regardais tous mes collègues masculins partir avec nos clients masculins et jouer au golf. J'avais l'impression qu'ils pouvaient passer toute la journée à jouer au golf, pour ensuite aller au restaurant, bref, passer beaucoup de temps ensemble. J'ai vraiment senti que je devais m'y mettre. J'ai donc suivi des cours de golf et j'ai compris à quel point il s'agissait d'un sport difficile. Trente-cinq ans plus tard, j'y suis complètement accro, mais j'ai appris à jouer à un niveau adéquat parce que je voulais participer aux mêmes activités de développement de la clientèle que mes collègues masculins. Je voulais être sur un pied d'égalité. Le golf a donc été l'une des choses que j'ai adoptées.
Nous parlions des défis auxquels sont confrontées, dans notre cas, trois femmes qui sont toutes des mères; l'un de ces défis est évidemment de trouver un équilibre entre la famille, la vie et le travail. L'un de mes autres mantras, Milly, je suis certaine que tu l'as entendu de ma bouche, est d'apprendre à apprécier le chaos. Notre travail n'est pas qu'un simple emploi. Comme je l'ai dit plus tôt, c'est une vocation. C'est ce que nous voulons faire et nous voulons le faire le mieux possible. C'est pourquoi nous consacrons beaucoup de temps et d'énergie à être la meilleure avocate possible en matière de restructuration. Cela vaut pour n'importe quel emploi. Pour exceller dans un domaine, il faut y consacrer du temps et de l'énergie; si vous avez une famille, cela exigera de vous beaucoup de temps et d'énergie également. Les deux demandent beaucoup de temps et d'efforts, mais ils sont aussi très gratifiants, selon moi. Vous ne pouvez plus voir votre vie comme un bulletin de notes, où vous essayez d'obtenir un A+ dans chaque matière. Vous essayez simplement d'être aussi bon que possible au bureau et dans votre famille. Pour le reste, on peut se contenter d'un B-. N'oubliez pas que les choses importantes sont le travail et la famille; tout le reste se fera de lui-même d'une manière ou d'une autre. Il ne faut pas s'attendre à avoir un A+ dans tous les domaines de votre vie.
Kelly : Pour un groupe de personnes qui veulent toujours des A+, c'est un défi, n'est-ce pas? C'est tout un défi.
Milly : Vous savez, les situations de crise n'attendent pas que nous soyons prêtes. Nous devons donc soit accepter le chaos, soit apprendre à le filtrer. Je ne sais pas si Kelly s'en souvient, car c'était il y a bien des années, lorsque ses enfants étaient encore assez jeunes. Nous étions sur un mandat tout simplement ridicule. Il fallait faire l'impossible en très peu de temps. Nous avons tenu des appels interminables pour essayer de déterminer ce que nous devions faire et élaborer une stratégie. Je me souviens d'un après-midi en particulier, nous étions sur un appel, et les enfants de Kelly étaient en arrière-plan, criant constamment et essayant d'attirer son attention. Après l'appel, l'un de nos collègues masculins, qui n'avait pas encore d'enfants à ce moment, m'a dit qu'il ne comprenait pas comment nous étions capables de travailler ainsi, de nous concentrer et de rester intelligentes dans ce qu'il avait décrit comme un pur chaos. Je lui ai répondu que nous avons appris à filtrer le chaos, parce que nous n'avons pas le choix. Vous savez, nous, en particulier les avocats spécialisés dans la restructuration, nous travaillons le soir, les week-ends, les jours fériés, pendant les vacances. Nous n'avons pas le choix de faire ce que nous avons à faire.
Jenna : C'est une très bonne façon de voir les choses. Parfois, nous devons simplement faire ce que nous avons à faire. Cela signifie peut-être accepter le chaos et ne pas faire un travail de qualité A++ dans tous les aspects et à tout moment. Poursuivant notre réflexion sur les femmes dans le domaine de la restructuration, je m'adresse évidemment ici à trois femmes chevronnées, qui sont des leaders sur le marché de la restructuration. Blakes est l'un des rares cabinets du pays à compter autant de femmes qui sont des leaders dans notre secteur. Alors, de votre point de vue, Blakes a-t-il fait quelque chose de particulièrement bien pour soutenir votre avancement ? Y a-t-il eu des mentors ou des alliés qui ont joué un rôle important dans votre carrière?
Pamela : Peut-être qu'il y a quelque chose dans l'eau. L'une des choses qui ont influencé l'évolution de nos carrières selon moi est le fait que Blakes est vraiment un cabinet entrepreneurial. Il n'y a pas de hiérarchie et il s'agit vraiment d'une méritocratie. Lorsque vous réunissez ces trois éléments, le genre est un peu moins pertinent, car ce que vous faites et la poursuite de votre carrière se constatent dans les résultats. Ainsi, à la base, l'esprit entrepreneurial de Blakes, qui encourage les avocats salariés et les associés à poursuivre leur carrière et à donner le meilleur d'eux-mêmes dans leur travail, a été très bénéfique pour les femmes qui exerçaient au sein du cabinet. À l'époque, je faisais partie de la première vague où 50 % des personnes sortant de la faculté de droit étaient des femmes. Il y avait donc plusieurs femmes qui se lançaient dans la pratique du droit et Blakes m'attirait. Je vais passer ma carrière chez Blakes, comme tu l'as dit, Jenna. Cet esprit entrepreneurial m'a beaucoup attiré chez Blakes à l'époque, lorsque j'ai choisi d'y faire mon stage. Pour ce qui est des mentors et des alliés, oui, j'ai bénéficié de leur aide et de leur soutien. J'ai eu la chance de travailler avec un plaideur, Don Brown, qui n'avait vraiment pas de préjugé sexiste. Il travaillait avec des hommes et des femmes; il ne se souciait pas particulièrement de leur genre. Il a simplement travaillé avec les avocats qui voulaient faire partie de sa pratique. Pour moi, il était l'exemple même de ce que devait être un avocat spécialisé en litige. J'aimais aller au tribunal avec lui et voir comment il interagissait avec les juges. Je dirais donc que, chez Blakes, deux facteurs particuliers ont influencé ma carrière. L'un d'eux était simplement l'esprit entrepreneurial général du cabinet. Mais j'ai également eu l'avantage, dès le début, de travailler avec quelqu'un qui m'a énormément encouragée à réussir en tant que plaideuse. C'était également l'associé qui m'a suggéré de joindre le groupe naissant des droits des créanciers, comme on l'appelait à l'époque et qui est aujourd'hui le groupe Restructuration et insolvabilité. C'est lui qui m'a informée qu'il s'agissait d'un nouveau domaine de pratique, d'une nouvelle spécialité. Il y avait là un potentiel de croissance et des occasions énormes. J'ai pensé que ce serait une bonne idée pour moi. C'est ainsi que ses conseils m'ont conduite sur la voie dans laquelle j'ai passé les 35 dernières années.
Jenna : Je voudrais revenir sur une chose que tu viens de dire, Pam. Tu as dit qu'il y avait peut-être quelque chose dans l'eau. Je peux dire personnellement que j'ai trouvé très précieux et important d'avoir des collègues et des mentors qui étaient des femmes, y compris vous trois, au cours de ma carrière. Quelle signification cela a-t-il eu pour chacune d'entre vous de faire carrière aux côtés d'autres femmes et d'autres mères?
Kelly : Je vais commencer. Comme je suis la seule personne arrivée chez Blakes latéralement – et Pam m'a rappelé qu'on s'était rencontrées pour un déjeuner lorsque j'envisageais de me joindre au cabinet et de revenir à Calgary. On lui avait dit de ne pas manquer son coup. Elle ne l'a pas manqué, en effet. Mais en travaillant avec Pam, Milly et les autres membres de l'équipe, on constate que Blakes est un endroit spécial. C'est le premier cabinet dans lequel j'ai travaillé où j'ai voulu devenir associée et je pense qu'il y a beaucoup de raisons à cela. Je pense que le leadership féminin y était pour quelque chose, car il est tout à fait unique chez Blakes et il l'était encore plus il y a 17 ans, lorsque je suis arrivée. Mais je pense aussi qu'à travailler sur des dossiers ensemble – parfois toutes les trois, parfois deux d'entre nous – on comprenait totalement les acrobaties que nous devions faire. « Je vais me déconnecter pendant deux heures pour faire manger mes enfants et les mettre au lit », mais ensuite on revient et une autre personne fait la même chose; c'est aussi transparent que ça. Sans parler de toutes les fois où j'étais à la station de ski lorsque mes enfants prenaient des leçons, ou à un cours de danse ou à un entraînement de football, et que je parlais à quelqu'un de l'équipe, y compris Pam et Milly, qui était en train de faire la même chose. Il y a trop d'exemples pour les compter.
Pamela : Nous avons toutes les trois eu l'occasion de travailler ensemble sur des dossiers, depuis de très nombreuses années. Il y a plusieurs années, quand je n'ai pas manqué mon coup en déjeunant avec Kelly et que je l'ai persuadée que Blakes était un endroit pour elle, nous avons travaillé ensemble. Kelly, à ce moment-là, tu avais tes jumelles et ta fille – vous aviez trois filles de moins de quatre ans. Avec les deux heures de décalage horaire entre Toronto et Calgary, nous avons pu faire en sorte que tu pouvais quitter le bureau, rentrer chez toi et t'occuper de ta famille. Nous, au bureau de Toronto, nous continuions, car c'était un mandat qui se poursuivait le jour et la nuit, comme vous vous en souvenez, ça n'arrêtait pas. Ensuite, Milly et moi avions du temps libre lorsque tu revenais; nous réglions tout cela ensemble.
Vous savez, je pense que l'une des choses importantes pour nous trois a été que nous comprenions les acrobaties que nous devions faire, et que nous étions capables de nous plaindre un peu l'une à l'autre de temps en temps, en sachant qu'il s'agissait d'un espace sûr pour le faire. Mais je dis aussi que nous avons toutes les trois ce que j'appelle l'ADN du groupe de restructuration de Blakes. Nous voulions toutes donner le meilleur de nous-mêmes en tant qu'avocates spécialisées en restructuration. Nous voulions toutes nous investir complètement non seulement sur le plan de la pratique, mais aussi sur le plan de la politique, du développement de la pratique et des organisations du secteur. Nous avions donc toutes le même objectif. En conséquence, il était très facile de travailler ensemble, de trouver des moyens de s'entraider en comprenant que l'objectif d'être la meilleure entre souvent en conflit avec d'autres choses que l'on fait dans la vie, et qu'il faut trouver un équilibre. C'est donc cette compréhension entre nous et notre objectif commun envers la pratique de Blakes qui nous ont vraiment, vraiment aidées dans le cadre de notre cheminement. Bien que je sois plus âgée que mes collègues, j'ai attendu avant d'avoir des enfants. J'avais deux beaux-enfants, mais ma fille est née en même temps que ton premier enfant, Milly. Je me souviens que nous nous sommes rencontrées lorsque nous étions toutes les deux en congé de maternité. J'ai eu mon premier enfant à 38 ans et j'ai adopté à 41 ans. J'avais donc de jeunes enfants en même temps que vous, même si j'étais plus âgée. Nous avons donc appris un peu ensemble, au fur et à mesure.
Milly : Travailler aux côtés de Pam et Kelly a été incroyablement enrichissant. Chacune de nous mène une vie très exigeante, tant au bureau qu'à la maison. Nous sommes des gestionnaires de crise dans nos carrières, mais nous ne sommes pas des robots. Nous sommes des êtres humains et c'est très réconfortant de savoir qu'on n'est pas seule, que d'autres ont été confrontées aux mêmes défis et aux mêmes doutes, ou à des situations similaires, comme le manque de sommeil, la crainte de ne pas être à la hauteur, de ne pas être une bonne mère, une bonne avocate, une bonne conjointe, etc. Je ne minimise pas la situation des hommes, ils ont leurs propres défis, bien sûr, mais pour les femmes, c'est tout simplement différent. Presque toutes les femmes professionnelles le savent et le ressentent au quotidien. Alors que certaines cherchent à s'affirmer et à se rapprocher d'autres personnes au sein de leur cabinet ou même à l'extérieur, nous avons l'avantage unique d'avoir tout cela au sein de notre groupe de pratique. Je pense que c'est très spécial et unique.
Jenna : Merci, Milly, c'est très bien dit. Cela me ramène à Blakes. Auriez-vous un conseil à donner à des personnes au début de leur carrière ou qui aspirent à suivre votre voie, peut-être le conseil que vous donneriez à une version plus jeune de vous-mêmes? Milly, commençons avec toi.
Milly : Le droit, c'est un domaine d'affaires; ce n'est pas suffisant d'être un bon avocat intelligent. Il faut investir dans le développement des affaires et il faut commencer jeune, ne pas attendre d'être un avocat plus ancien. Il faut le traiter comme un mandat, s'y attarder et élaborer une stratégie. Et oui, on dirait parfois qu'il n'y a pas assez d'heures dans la journée pour faire son travail et avoir du temps pour sa famille. Mais vous savez, nous avons parlé tout à l'heure des priorités et de l'équilibre entre le travail et la famille. Certains jours, le développement des affaires doit être prioritaire. Il faut le voir comme une des balles avec lesquelles on jongle et, parfois, il faut lui accorder une attention particulière.
Pamela : À mon avis, il ne faut pas se remettre en question. Se remettre en question est très anxiogène et nous le faisons tous, c'est sûr. Personne n'est à l'abri. Mais je pense que les femmes sont parfois un peu plus portées à douter d'elles-mêmes, à se demander, par exemple, si elles ont participé aussi pleinement que possible à une réunion, si elles ont présenté les meilleurs arguments possibles au tribunal, si elles sont intervenues au bon moment ou si elles ont fait ce qu'il fallait. Je pense que je dirais à la version plus jeune de moi-même : « Ne t'inquiète pas trop et ne remets pas en question ce qui s'est passé. Tu étais sur la bonne voie. Tu savais ce que tu faisais. Tu as donné de bons conseils. » On perd beaucoup d'énergie à tout remettre en question.
Kelly : Vous avez toutes les deux donné de bonnes réponses et je suis d'accord avec vous deux. Je pense que ce sont d'excellents conseils. Un autre conseil que je retiendrais peut-être, c'est qu'il faut se mettre en valeur. Je pense que les femmes sont moins portées à parler d'elles-mêmes et de leurs réussites, ou elles diminuent l'importance de leurs succès. Je pense que ça joue en notre défaveur. Alors, je regarde la situation dans son ensemble et je me dis, je fais partie de ce cabinet. Je travaille avec ces gens, sur ces mandats; ces clients ont retenu mes services parce qu'ils savent que j'apporte une expertise et de la valeur à leurs dossiers. Il suffit de me rappeler de tout ça. Je pense que c'est quelque chose que je traîne avec moi dans la vie, un peu de syndrome de l'imposteur. C'est pourquoi je pense qu'il est préférable d'étouffer cela dans l'Suf le plus tôt possible.
Jenna : Quels conseils fantastiques pour tous les avocats, ou tous les professionnels, en fait, mais surtout pour les femmes! Merci de les avoir partagés avec nous.
Pamela : Jenna, au nom de nous trois, je te remercie de nous avoir guidées dans cette discussion passionnante aujourd'hui et de nous avoir donné l'occasion de réfléchir à nos carrières, à l'importance de cette pratique, à son évolution et au rôle des femmes dans cette pratique. Je suis très heureuse de pouvoir travailler avec toi et avec les nouveaux talents que nous avons dans notre groupe. Et bien sûr, la prochaine génération de femmes qui se tournent vers cette pratique avec excellence et enthousiasme. Donc un grand merci à toi, Jenna!
Jenna : Merci Pam, c'est très gentil. Je suis très reconnaissante de faire partie du groupe que vous continuez toutes les trois à encadrer et à soutenir.
Bien sûr, un grand merci à vous trois, Pam, Kelly et Milly, pour avoir partagé avec nous aujourd'hui vos expériences, vos points de vue et vos conseils. Merci à nos auditeurs d'être à l'écoute. Nous espérons que la discussion d'aujourd'hui vous a permis de tirer des enseignements utiles.
D'ici la prochaine fois, prenez soin de vous.
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Notre balado Volume d'affaires se penche sur les répercussions que peut avoir l'évolution du cadre juridique canadien sur les entreprises. Des avocates et avocats de tous nos bureaux discutent des défis, des risques, des occasions, des développements juridiques et des politiques gouvernementales dont vous devriez avoir connaissance. Nous abordons par ailleurs divers sujets qui vous importent et qui sont liés à la responsabilité sociale, comme la diversité et l'inclusion.
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