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6 May 2026

Présidentielle 2027 : la guerre des noms de domaine est lancée

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Haas Avocats

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Avant les meetings, avant les affiches, avant même les déclarations officielles : tout se joue désormais sur quelques caractères tapés dans une barre d'adresse.
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Guarda compartilhada de pets agora é leiAvant les meetings, avant les affiches, avant même les déclarations officielles : tout se joue désormais sur quelques caractères tapés dans une barre d’adresse.

Sarkozy2007.fr, Hollande2012.fr, Macron2017.fr : les adresses qui ont accompagné les conquêtes successives de l’Élysée n’avaient rien d’anodin. À chaque scrutin, les noms de domaine deviennent un peu plus ce qu’ils sont devenus aux yeux des juristes du numérique : des actifs stratégiques, et parfois des armes redoutables. À un an d’une présidentielle déjà bouillante, la bataille pour le contrôle des URL a discrètement commencé.

Le scénario est désormais bien classique. Un éditorialiste évoque, à l’antenne, le possible engagement d’une personnalité dans la course de 2027. Quelques heures plus tard, son nom, accolé à l’année, est déposé en .fr, en .com, en .org, parfois en .vote. Pas par ses équipes : par des inconnus. Spéculateurs, militants d’un autre bord, simples opportunistes : peu importe vraiment. Le terrain est pris.

Un nouveau front de campagne : la bataille des URL

Le principe qui régit l’enregistrement des noms de domaine n’a pourtant rien changé depuis l’époque où le web tenait dans une feuille de calcul : premier arrivé, premier servi. La règle est rude, mais elle se heurte à des limites essentielles. Le nom patronymique reste protégé par l’article 9 du Code civil, les marques par le Code de la propriété intellectuelle, et la loyauté des affaires par l’article 1240 du Code civil. Encore faut-il agir, et vite.

Cybersquat, typosquatting, parodie : petit lexique des dérives

Trois pratiques se partagent ce nouveau front.

Tout d’abord, le cybersquat politique qui consiste à enregistrer le nom d’un candidat ou d’un slogan avant lui, soit pour entraver sa communication, soit pour le revendre, soit encore pour publier un message contraire. En quelque sorte, c’est la version numérique de la prise de hauteur stratégique : occuper le terrain pour empêcher l’autre de s’y déployer.

Ensuite, le typosquatting qui joue sur la fragilité de la frappe. Une lettre inversée, un tiret oublié, une extension changée : alors que l’électeur croit cliquer sur le site officiel, il atterrit ailleurs. Cette technique, vieille comme le web commercial, prend une dimension nouvelle quand elle sert à diffuser de la désinformation, ou à intercepter des dons.

Enfin, la parodie, qui frôle la zone grise. En effet, la satire politique bénéficie d’une protection large, tirée de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et d’une jurisprudence constante des juridictions françaises. Toutefois, elle s’arrête là où commence la confusion organisée : Ainsi dès qu’un site se fait passer pour officiel, le droit reprend le relais.

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Penser comme une marque, dès avant l’annonce

Force est de constater qu’une campagne présidentielle ressemble de plus en plus à un lancement de produit. Mêmes logiques de marque, mêmes besoins de cohérence visuelle, mêmes angoisses de cybersécurité. Les états-majors nationaux l’ont compris et travaillent désormais avec des registrars spécialisés et avocats super-spécialisés qui cartographient, plusieurs mois à l’avance, les signes distinctifs à protéger : nom du candidat, nom du parti, slogans pressentis, année de l’élection.

Le réflexe est devenu défensif. On dépose en .fr, en .com, en .org, on récupère les variantes orthographiques, on pré-enregistre les fautes de frappe les plus probables. Le tout sans attendre l’annonce officielle : dès qu’un nom circule, il est sur le marché.

Soulignons que la qualité de candidat n’est pas un prérequis pour réserver un nom de domaine. Toute personnalité publique exposée à une rumeur de candidature a intérêt à enregistrer, à titre conservatoire, son patronyme et les principales déclinaisons électorales possibles. L’opération coûte quelques euros par an. La lutte pour récupérer un domaine squatté, en revanche, peut coûter cent fois plus.

Au de-là, plus l’usage est ancien et documenté (site actif, marque déposée, présence médiatique constante) plus les procédures spécialisées de récupération aboutissent rapidement. C’est le paradoxe vertueux du droit du numérique : il récompense ceux qui ont anticipé, et sanctionne ceux qui découvrent leur exposition au moment où elle devient critique.

Quand un faux site devient une arme politique

Là où le squattage de noms de domaine relevait du folklore juridique il y a vingt ans, il s’industrialise aujourd’hui. Les enjeux ne sont plus seulement de protéger une marque : ils touchent à la sincérité du débat démocratique, à la confiance des électeurs et à la sécurité des données collectées en ligne.

La confusion organisée

La technique la plus simple, et donc la plus efficace, consiste à reproduire les codes graphiques du candidat sur une adresse trompeuse.

AvecNom2027.fr, Nom-President.fr, Nom-Officiel.fr : l’électeur clique de bonne foi et lit un message qui n’est pas celui de la campagne.

Atteinte à l’image, brouillage du discours, parfois redirection vers un autre camp : l’effet politique est immédiat, et difficile à corriger.

En droit, la situation se qualifie selon les cas : usurpation d’identité numérique au sens de l’article 226-4-1 du Code pénal, atteinte au nom au sens de l’article 9 du Code civil, parasitisme sur le fondement de l’article 1240 du même code, voire contrefaçon de marque si la dénomination ou un slogan ont été déposés à l’INPI.

Remarquons que le faisceau d’indices joue ici un rôle décisif : identité graphique imitée, choix d’extension trompeur, absence de mention légale conforme, redirection technique vers un autre site, chacun de ces éléments alimente alors la démonstration de la confusion organisée et de la mauvaise foi du déposant.

Escroqueries et collecte de données : la face sombre

Plus grave encore : les sites qui imitent les pages officielles pour collecter des dons. Un faux portail récupère coordonnées bancaires et données personnelles, le tout dans un design impeccable. Les victimes croient soutenir un candidat ; elles financent des inconnus, et nourrissent au passage une base de données revendable au marché noir.

Le droit pénal mobilise alors diverses de qualifications : escroquerie au sens de l’article 313-1 du Code pénal, collecte déloyale de données personnelles au sens de l’article 226-18, atteinte aux systèmes de traitement automatisé de données aux articles 323-1 et suivants. À ces fondements s’ajoute, depuis le règlement européen 2016/679, le RGPD, qui impose une base légale claire à toute collecte, évidemment introuvable sur un faux site,.

Reprendre le contrôle : l’arsenal des partis et des candidats

Veille, riposte, négociation

Les états-majors les mieux organisés ont monté de véritables cellules numériques. Veille permanente sur les enregistrements de domaines proches, alertes automatisées, partenariats avec des registrars spécialisés capables de bloquer rapidement un enregistrement suspect : l’arsenal s’est sophistiqué. La gestion se fait au cas par cas : contact amiable d’abord, rachat parfois, contentieux ciblé en dernier recours.

Le contact amiable n’est pas un pis-aller. Il révèle souvent l’identité et les motivations du déposant. Un militant de bonne foi cèdera sans difficulté ; un spéculateur tentera la vente et fournira ainsi, par sa proposition, la preuve de la mauvaise foi qui scellera son sort devant l’AFNIC ou l’OMPI.

AFNIC, UDRP, référé : trois leviers, trois temporalités

Pour les noms de domaine en .fr, deux procédures spécialisées existent. Syreli, gérée par l’AFNIC, statue dans un délai de deux mois environ. PARL Expert, confiée à l’OMPI, offre une expertise plus poussée pour les cas complexes. L’une comme l’autre permettent d’obtenir le transfert ou la suppression d’un domaine portant atteinte au nom, à une marque ou aux droits de la personnalité du candidat — à la triple condition de démontrer l’atteinte, l’absence d’intérêt légitime du titulaire et sa mauvaise foi.

Pour les .com et autres extensions génériques, la procédure UDRP, administrée par l’OMPI, suit la même logique. Les trois conditions cumulatives sont stables depuis 1999 : similitude avec une marque ou un signe distinctif, absence d’intérêt légitime, enregistrement et usage de mauvaise foi. Les décisions tombent en quelques semaines et conduisent au transfert si les preuves sont réunies.

Lorsque l’urgence est telle qu’aucune procédure spécialisée ne suffit (collecte frauduleuse de dons, contenus manifestement illicites, atteinte massive à l’image), le référé devant le tribunal judiciaire reste, finalement, l’arme décisive.

Sur le fondement de l’article 835 du Code de procédure civile, le juge peut ordonner le blocage immédiat, la suppression de contenus, le transfert du domaine, sous astreinte si nécessaire.

Une plainte pénale peut être déposée en parallèle, et les qualifications se cumuler : usurpation d’identité numérique, escroquerie, diffamation publique au sens de la loi du 29 juillet 1881.

Ce que la présidentielle change — et ce qu’elle ne change pas

Observons qu’aucun régime juridique spécial ne s’active pendant la campagne présidentielle. Les règles applicables sont celles du droit commun du numérique, du nom, de la marque et de la propagande électorale. Mais la sensibilité politique est telle que le moindre couac numérique se transforme en affaire nationale en quelques heures. Les grandes équipes anticipent ; les autres improvisent, et paient comptant le prix de leur retard.

Le décompte a commencé

À l’approche de 2027, une évidence s’impose clairement : la guerre des noms de domaine ne se gagne pas dans l’arène médiatique, mais au cœur même des infrastructures. Elle n’est plus une simple formalité administrative, elle est selon moi, le premier test de résilience technologique pour une équipe de campagne. Un test qui révèle, avant même le premier meeting, la maturité opérationnelle et la capacité à anticiper les risques systémiques.

Ainsi, les candidats doivent porter une attention particulière à la gestion de leur patrimoine numérique de leur mouvement, voire le considérer comme un actif stratégique, et non comme une contingence technique. Cela suppose :

  • Une cartographie exhaustive de leur écosystème digital, identifiant chaque maillon vulnérable ;
  • Des dépôts conservatoires ciblés, protégeant les marques, slogans et variations sémantiques avant même leur officialisation ;
  • Une veille algorithmique en temps réel, capable de détecter et neutraliser les tentatives de cybersquatting dès leur émergence ;
  • Une force de frappe juridique agile, mobilisable instantanément pour contrer les attaques et récupérer les actifs détournés.

Une faille dans la gouvernance numérique n’est pas une simple erreur technique : c’est une brèche dans la crédibilité, une porte ouverte à la désinformation, et un risque majeur de dilution du message politique.

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